Une femme très patiente - Étienne Dastou
Étienne Dastou

Étudiant en théologie, la quête de ma spiritualité n’est pas mon unique passion: je suis aussi un grand fan de la technologie. C’est pourquoi – en plus de mes études - j’agis aussi comme programmeur à temps partiel dans une agence. C’est une façon pour moi d’être en contact avec le futur. Dans ce blogue, vous aurez sûrement l’occasion de me lire: parlant de mon travail ou de ces livres interminables que je suis en train d’apprendre.

Une femme très patiente

Une femme très patiente - Étienne Dastou

Cela faisait pas mal de temps que je recherchais un dentiste Côte-Vertu qui comprendrait ma philosophie. Du moins, ce que j’appellerais plutôt, l’enchevêtrement de mes différentes humeurs, fabriquées par une peur tenace, engendrant plusieurs hantises envahissantes, surmontées par des tics, et des tocs incessants, du fait de cette profession. J’avais beau savoir que, plus on les évite, plus ça s’envenime, plus ça s’envenime, et plus il faut y retourner. Il n’y avait rien à faire. Les jours de rendez-vous étaient marqués en rouge sur mon agenda. Il me fallait à chaque fois, faire la chasse à une bonne âme qui accepterait de me tenir la main pendant toute la durée du traitement. Ce n’était pas toujours facile.

Je finissais par trouver une personne pour m’accompagner. Une toute jeune femme de ménage, qui travaillait dans l’immeuble où je travaillais, et avec qui je m’étais lié d’amitié. Elle venait d’arriver de Colombie. Elle ne parlait pas encore très bien notre langue. Elle était parfaite. Au moment du départ, elle m’offrait un sourire innocent. Ma conscience portait déjà la honte, à la seule idée que j’allais probablement faire disparaître ce sourire à jamais, dans les oubliettes de l’univers. Seulement voilà, ma conscience est beaucoup moins forte que ma peur. La domination de celle-ci, fera que je ne reviendrai pas en arrière pour laisser cette jeune femme tranquille.

En position allongée sur le fauteuil du dentiste, je fermais les yeux. La jeune femme colombienne me tenait le bras de ses deux mains. Le dentiste me demanda d’ouvrir la bouche. Je faisais une première pression avec ma main. Lorsqu’il commença à travailler dans ma bouche avec son instrument, je sentais les petits tapotis de la main de ma nouvelle amie, sur mon bras pour me calmer. Lorsqu’il lançait la roulette, je faisais une deuxième pression. Les tapotis avaient cessé pour être remplacé par une pression. Lorsque la pointe de la roulette se posa sur ma dent, je rajoutais une pression. Au travers du bruit de la roulette, qui avait envahi toute ma tête, il me semblait entendre comme une complainte. Une sorte de chant d’une sirène éloignée. Pendant un court moment, le dentiste s’arrêta. Je n’ouvrais pas les yeux. Il reprenait de plus belle avec la roulette, pendant une minute, pour l’arrêter totalement après que l’on entendait un crac qui me fit ouvrir les yeux. Mon amie, à qui j’avais pris la main, se tordait de douleur. Je crois que je venais de lui briser un doigt. Je faisais signe au dentiste de terminer son travail assez vite, tout en gardant la main serrée de la jeune femme, avant de l’emmener aux urgences. Je ne vous raconterai pas le reste.